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"Pour qui travaillent les agents IA ? Le rapport qui pose la question la plus difficile de l'IA"

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La question centrale

Le 2 juin 2026, l’Open Markets Institute a publié un rapport qui va au cœur de la révolution des agents d’IA. Rédigé par la chercheuse principale Sally Hubbard, « Who Do AI Agents Work For ? » s’ouvre sur une définition d’une simplicité trompeuse : un agent est « une personne qui agit pour ou représente autrui ». Le rapport pose ensuite la question que personne dans l’industrie ne veut aborder directement : lorsqu’un agent d’IA réserve vos vols, filtre vos candidatures ou recommande vos traitements médicaux — qui représente-t-il vraiment ?

Le concept juridique de mandat — où une partie doit des devoirs fiduciaires à une autre — repose sur des siècles de jurisprudence. La thèse de Hubbard est que les agents d’IA sont déployés dans ce vide juridique sans cadre équivalent. « La question n’est pas de savoir si les agents d’IA agiront, affirme le rapport. La question est de savoir au nom de qui ils agiront. »


Ce que révèle le rapport

Hubbard identifie trois risques structurels. Premièrement, le piège de la plateforme : lorsque les agents d’IA opèrent au sein d’écosystèmes fermés — agents d’achat chez Amazon, agents de réservation chez Google, agents de mise en relation professionnelle chez LinkedIn — la plateforme contrôle à la fois l’agent et le marché. Cela crée un conflit inhérent où les agents peuvent être optimisés pour les revenus de la plateforme plutôt que pour les résultats des utilisateurs. Deuxièmement, l’asymétrie des données : les agents extraient des données comportementales sous couvert de service, puis les réutilisent à des fins corporate au-delà de ce que les utilisateurs ont autorisé. Troisièmement, le vide fiduciaire : contrairement aux mandataires humains — avocats, conseillers financiers, agents immobiliers — les agents d’IA n’ont aucune obligation légale de divulguer les conflits d’intérêts. Hubbard qualifie l’agent numérique d’« agent sans responsabilité ».

Le rapport relie explicitement ces risques à la mission antitrust de l’Open Markets Institute : les mêmes monopoles de plateformes qui dominent les marchés numériques sont en position de dominer l’économie des agents. Sans intervention structurelle, la conception des agents suivra les incitations des plateformes.


Pourquoi c’est urgent maintenant

Le timing est critique. À la mi-2026, les agents d’IA ne sont plus expérimentaux. Claude d’Anthropic gère des workflows d’entreprise, Remy de Google navigue sur le web pour le compte des utilisateurs, et les agents de codage sont des outils standard pour les développeurs. Les agents prennent des décisions réelles avec des conséquences réelles — en matière d’embauche, de crédit, d’accès aux soins de santé et d’achats.

L’idée centrale de Hubbard est que la fenêtre réglementaire est étroite. Une fois que les schémas de comportement des agents s’ancreront dans l’architecture des plateformes et les habitudes des utilisateurs, une régulation rétroactive deviendra exponentiellement plus difficile — une leçon déjà apprise avec les réseaux sociaux et la publicité numérique.


Les implications politiques

Le rapport expose trois principes politiques. Devoir fiduciaire obligatoire : les agents d’IA agissant pour le compte d’utilisateurs devraient être légalement tenus d’opérer dans l’intérêt de l’utilisateur, avec une divulgation transparente lorsque les incitations de la plateforme entrent en conflit. Exigences d’interopérabilité : les utilisateurs devraient pouvoir transporter leurs agents d’une plateforme à l’autre — similaire à la portabilité des numéros dans les télécommunications — empêchant ainsi l’enfermement et garantissant une pression concurrentielle sur la qualité des agents. Application du droit de la concurrence : la FTC et le DOJ devraient traiter la concentration du marché des agents d’IA comme une extension des préoccupations antitrust existantes concernant les géants de la tech.

Hubbard présente le choix de manière tranchée : « Nous pouvons avoir des agents d’IA qui servent les personnes, ou des agents d’IA qui servent les plateformes. Nous ne pouvons pas avoir les deux — et le marché, livré à lui-même, choisira les plateformes à chaque fois. »


FAQ

Q : Ce rapport porte-t-il sur la sécurité de l’IA ou sur le droit de la concurrence ? R : Les deux. Le rapport soutient que l’alignement des agents d’IA n’est pas seulement un problème technique — c’est un problème de structure de marché. Lorsque la même entreprise contrôle à la fois l’agent et le marché, aucun alignement technique ne résout le conflit d’incitations.

Q : L’EU AI Act ne traite-t-il pas déjà cela ? R : Partiellement. L’EU AI Act impose la transparence et la supervision pour les systèmes à haut risque, mais Hubbard soutient qu’il ne répond pas à la question fondamentale du mandat — quels intérêts l’agent est-il conçu pour servir en premier lieu.

Q : À quoi ressemblerait un agent d’IA fiduciaire ? R : Un agent d’achat fiduciaire trouverait le meilleur produit pour l’utilisateur, et non le produit offrant la commission d’affiliation la plus élevée. Un agent de santé fiduciaire recommanderait des traitements basés sur des preuves médicales, et non sur des relations publicitaires pharmaceutiques.


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